Histoire de la littérature de voyage

la littérature de voyage

La littérature de voyage remonte à la plus haute antiquité, et ce genre littéraire à part entière peut se raconter en trente chapitres.

Une brève histoire de la littérature de voyage

De la description des autres à la découverte de soi, la littérature de voyage est un genre littéraire à part entière. Comme le roman, la poésie ou le théâtre, il a ses codes, une évolution, des styles, des écrivains reconnus. On peut en raconter l’histoire et en donner quelques définitions. Voici ma modeste contribution à l’histoire de ce genre.

Quelques limites et restrictions: d’une part je n’ai rien inventé. J’ai essayé de rassembler et de synthétiser ce qui existe. D’autre part il ne s’agit pas d’une histoire de toute la littérature, ni de l’histoire du voyage à travers les siècles. Enfin, sera donné essentiellement ici le point de vue occidental (comme une histoire de la musique occidentale, qui n’aborde que les compositeurs occidentaux, pour ne pas dire européens).

Les dates clés de notre brève histoire

– 800 av. J-C – Le monde d’Homère
– 423 av J-C Le monde d’Hérodote
L’an 1000 – les Croisades, les pèlerins
1298 – Marco Polo et la route de la soie
1492 – Les découvreurs
1761 – Les Lumières et la nature
1856 – Nerval et le voyage en Orient
1841 – Le voyage touristique.
1954 – Nicolas Bouvier entre Genève et Ceylan.
1975 – la littérature du « dehors »
1990 – Les Étonnants voyageurs et la « littérature monde »

423 – Le monde d’Hérodote

Légendes, chants, poèmes, ou récits de voyages… ce qui reste des écrits de ces époques est rare, d’une part, et n’est pas toujours facile à identifier. Et doit-on considérer qu’il s’agit de récits de voyages? Le but du voyage était-il d’en faire le récit? Rien de moins sûr. La littérature n’est pas encore un art; et l’écrivain est avant tout un voyageur. Un voyageur en des temps où il est difficile d’imaginer les conditions dans lesquelles s’effectuaient ces voyages.

Le monde d’Hérodote – 423 avant J-C

Hérodote (Hérodote d’Halicarnasse), historien grec, est sans doute le premier homme à voyager pour décrire et comprendre le monde.

Pour situer l’auteur dans son époque: Hérodote est né à Halicarnasse vers 480 av J-C, autrement dit en Asie Mineure, et au moment des guerres Médiques. Il fut un grand voyageur. Il alla un peu partout, en Asie, en Afrique, en Europe. Il séjourna longtemps à Athènes, l’Athènes de Périclès, où il fut l’ami de Sophocle. Pour le reste, reportez vous à vos livres d’histoire…

Hérodote n’a pas vu le monde comme nous le voyons aujourd’hui. Et ne le comprend évidemment pas non plus comme nous. Ses mots ne sont pas les nôtres. Jacques Lacarrière suggère que, en quelque sorte, Hérodote a «découvert l’indécouvert, exploré l’inconnu, s’est mesuré à l’immesurable».

«Au nord du pays que j’ai l’intention de décrire, personne ne sait au juste ce qu’il y a. Personne n’a jamais rapporté sur ces régions des renseignements précis.»

Dans ce qui a été traduit sous le terme L’Enquête, vous découvrirez la Perse et l’Égypte antique, comme si vous y étiez, en tout cas telles qu’elles ont été décrites au Ve siècle avant notre ère par Hérodote. Vous trouverez des tas d’histoires sur des personnages bien connus comme Crésus, Darius, et des anecdotes drôles ou pathétiques sur une foule d’anonymes qui revivent sous nos yeux. Les poissons, les oiseaux, sacrés ou non, la capture des crocodiles, le suicide des chats, les fêtes de nuit, les vents, la récolte de la cannelle, ce que l’on disait à Sardes, Suse, Memphis, Milet ou Athènes, ce que les conteurs dans les rues, les guides dans les sanctuaires narraient aux passants… tout ça est passionnant, y compris les considérations historiques, mais à condition d’accepter la règle du jeu (on est très loin du récit de voyage basique) de se laisser entraîner.

Hérodote est un peu considéré comme le père de l’histoire, mais aussi de la géographie, et même de la «géographie humaine.». Et même, pour certains, de l’ethnographie, du reportage, du roman.

Extrait de Enquête, Livre III à VI – Histoire de Darius

La plus grande partie de l’Asie fut découverte par Darius. Ce prince, voulant savoir en quel endroit de la mer se jetait l’Indus, qui, après le Nil, est le seul fleuve dans lequel on trouve des crocodiles, envoya, sur des vaisseaux, des hommes sûrs et véridiques, et entre autres Scylax de Caryande. Ils s’embarquèrent à Caspatyre, dans la Pactyice, descendirent le fleuve à l’est jusqu’à la mer: de là, naviguant vers l’occident, ils arrivèrent enfin, le trentième mois après leur départ, au même port où les Phéniciens s’étaient autrefois embarqués par l’ordre du roi d’Égypte pour faire le tour de la Libye. Ce périple achevé, Danus subjugua les Indiens, et se servit de cette mer. Quant à l’Europe, il ne paraît pas que personne jusqu’ici ait découvert si elle est environnée de la mer à l’est et au nord. Mais on sait qu’en sa longueur elle surpasse les deux autres parties de la terre.

Jacques LACARRIÉRE – En cheminant avec Hérodote

Le point de vue de l’éditeur. Voyageur infatigable, Jacques Lacarrière avait choisi cette fois de mettre ses pas dans ceux d’un voyageur célèbre du Ve siècle av. J.C., l’historien et géographe Hérodote, dont il présente ici les fameuses «enquêtes» en Perse et dans les pays du Proche-Orient. Grâce au génie du conteur, le monde «barbare» revit sous nos yeux. Qu’il raconte les suicides de chats en Egypte, la capture des crocodiles sacrés ou les mésaventures du roi Rhampsinite, Hérodote nous tient sous le charme. Et l’émotion gagne peu à peu lorsque apparaissent en filigrane «le mouvement du visage, la silhouette de la tendresse» des peuples visités par Hérodote, premier conteur de l’Humanité. Éditions Nil 2003.

Mon avis. Hérodote est un peu considéré comme le père de l’histoire, mais aussi de la géographie, et même de la «géographie humaine». Voyageur et curieux, il consigna de nombreuses choses vues, anecdotes, descriptions, fait historiques mais aussi faits plus ou moins réels, ou légendaires. Nos connaissons aujourd’hui ses écrits sous le titre: Enquêtes. Ces récits nous transportent en Perse, Lydie, Babylonie, Scythie, Égypte, et même Inde et Arabie. Des noms qui sentent bon les cours d’histoire.

Ce sont dans ces récits que Jacques Lacarrière met ses pas, en nous proposant et en commentant des extraits de l’œuvre d’Hérodote. En précisant aussi que «ses mots ne sont pas les nôtres. Les mots les plus simples comme terre, continent, océan, Libye, Europe, ne correspondent plus du tout aux notions et aux étendues qui son les nôtres.» Hérodote n’a pas vu le monde comme nous le voyons aujourd’hui. Et ne le comprend évidemment pas non plus comme nous. En quelque sorte Hérodote a «découvert l’indécouvert, exploré l’inconnu, s’est mesuré à l’immesurable», suggère Lacarrière. La théorie Pythagoricienne et le démocratie n’ont plus de secrets pour nous. Ce n’était pas le cas à l’époque. Mais ceci ne l’empêche pas de donner une foule de renseignements sur les coutumes, religions, fêtes, costumes, langues, urbanisme des régions visitées, ou décrites par ouï-dire. «Au nord du pays que j’ai l’intention de décrire, personne ne sait au juste ce qu’il y a. Personne n’a jamais rapporté sur ces régions des renseignements précis.»

Ryszard Kapuscinski – Mes voyages avec Hérodote

Dans Mes voyages avec Hérodote (Plon 2006), Ryszard Kapuscinski estime que Hérodote est un précurseur de l’investigation journalistique et un historien à la sensibilité unique. L’auteur nous montre le Grec à l’œuvre, insiste sur sa passion de découvrir le monde, alliée à un rigoureux esprit critique qui prône le respect de la multiplicité des sources d’information et la confrontation objective des points de vue.

Lire Hérodote – Daphné Gondicas et Jeannine Boëldieu-Trévet

L’œuvre du Père de l’Histoire, écrite au Ve siècle avant notre ère, est en effet une des sources principales pour étudier le monde ancien, grec et oriental. Grâce à une sélection de thèmes regroupés en cinq parties couvrant l’ensemble des domaines d’intérêt d’Hérodote, les lecteurs disposent des clés pour mieux comprendre les objectifs de l’auteur, le texte et le contexte. Éditions Bréal collection Sources d’histoire.

Hérodote

Une revue trimestrielle porte ce nom. Et comme son om l’indique, il s’agit d’une revue de… géographie et de géopolitique. Créée pour appliquer à l’analyse des phénomènes politiques la méthode de raisonnement géographique, la revue Hérodote s’est affirmée depuis comme la principale revue de référence dans le champs de la géographie et de la politique. >>> Site de la revue Hérodote.